L’angle des femmes: un point de vue sur celles qui changent le monde

Depuis sa création en 1967, Via le monde porte un regard attentif sur la place des femmes dans les sociétés qu’elle explore. Bien avant que les notions d’égalité, d’autonomisation ou d’« empowerment » ne s’imposent dans le vocabulaire du développement international, les documentaires de Daniel Bertolino, puis ceux réalisés avec Catherine Viau, Grégoire Viau et de nombreux collaborateurs, faisaient déjà entendre la voix des femmes.

Au fil de milliers d’heures de tournage réalisées sur les cinq continents, une conviction s’est progressivement imposée : comprendre une société, c’est d’abord comprendre la place qu’y occupent les femmes.

Donner la parole aux femmes

Dès les premiers documentaires réalisés par Daniel Bertolino et Nicole Duchêne, chaque voyage devient l’occasion d’aller à la rencontre de celles que l’on entend rarement. Derrière les grands événements politiques, derrière les bouleversements économiques ou les transformations sociales, les réalisateurs cherchent celles qui, dans l’ombre, assurent la survie des familles, transmettent les savoirs et maintiennent le tissu social.

Cette démarche est alors peu commune. Les femmes ne sont pas filmées comme de simples témoins de leur époque; elles deviennent les principales interprètes des réalités que découvrent les équipes de tournage.

Au fil des décennies, cette approche deviendra l’une des signatures de Via le monde.

Découvrir l’Afrique, c’est découvrir les femmes

Au début des années 1990, Daniel Bertolino et Catherine Viau réalisent Rêves d’Afrique, une série inspirée des réflexions d’Edgar Pisani et développée avec la collaboration de Guy Delbrel.

Diffusée à Radio-Canada et sur Antenne 2 en France, la série reçoit un accueil enthousiaste de la presse française. Plusieurs critiques résument ainsi leur découverte :

« On ne parlera plus jamais de l’Afrique de la même façon. »

Parmi les quatre grands thèmes abordés — la démocratie, la jeunesse, les richesses et les femmes — ce dernier demeure particulièrement marquant.

La série propose une lecture originale du continent :

Découvrir l’Afrique, c’est découvrir la femme africaine.

Car l’Afrique apparaît comme une terre où les femmes portent silencieusement une grande partie de la société.

Même lorsqu’elles demeurent invisibles dans les structures du pouvoir, elles dirigent la vie quotidienne.

Même lorsqu’on les ignore, elles innovent.

Même lorsqu’on les dépouille, elles continuent de partager.

Sans bruit, elles développent des réseaux d’entraide, créent des coopératives, inventent des solutions adaptées à leur réalité et limitent leurs ambitions à répondre aux besoins essentiels de leurs familles.

Leur rêve n’est pas seulement celui de leur communauté; il devient une autre façon d’imaginer le développement.

Cette réflexion sera reprise quelques années plus tard dans L’Afrique de toutes façons, qui poursuit cette exploration des sociétés africaines à travers le regard des femmes.

Les femmes changeront le monde

Au début des années 2000, Via le monde consacre une importante série documentaire à cette conviction devenue centrale.

Réalisée par Daniel Bertolino, Catherine Viau et Grégoire Viau dans le cadre de la collection Agenda pour une petite planète, la série Les femmes : l’apprentissage du pouvoir est tournée pendant plus d’une année dans neuf pays.

Son point de départ est simple :

Les femmes changeront le monde.

Elles représentent souvent les plus pauvres parmi les pauvres.

Pourtant, elles détiennent les véritables clés du développement.

Du désert de l’Atacama aux montagnes du Népal, de Bamako aux rizières du Vietnam, la série suit des femmes qui, malgré la pauvreté, les traditions ou les discriminations, construisent chaque jour des solutions durables.

Leur richesse réside dans leur savoir traditionnel, leur créativité et leur détermination.

Mais encore faut-il qu’elles aient accès à l’éducation.

La série défend une idée qui demeure aujourd’hui d’une étonnante actualité : investir dans l’éducation des femmes constitue probablement l’investissement le plus rentable pour l’avenir des sociétés.

L’apprentissage du pouvoir

Chaque épisode illustre une manière différente de reprendre le pouvoir sur son destin.

Au Népal, des femmes que tout destinait à perpétuer une tradition de soumission découvrent que le savoir leur permet de transformer leur communauté. En apprenant à lire, à écrire, à gérer ou à enseigner, elles deviennent à leur tour des passeuses de connaissances.

Au Sénégal, le réseau Siggil Jiggéen agit autour de trois grands objectifs : l’intégrité, la reconnaissance et la participation.

Combattre les violences faites aux femmes.

Faire reconnaître leurs droits civiques et économiques.

Encourager leur participation à la vie politique et au développement.

Au Vietnam, les femmes affrontent les défis d’une économie en mutation. L’ouverture économique multiplie les possibilités mais accroît aussi les inégalités. Là encore, l’éducation devient un levier essentiel d’autonomie.

Dans les Andes, des coopératives féminines transforment les savoir-faire traditionnels en véritables projets économiques où solidarité et entraide remplacent la logique de la compétition.

Partout, une même idée se dégage : les femmes qui acquièrent le savoir le transmettent immédiatement à leur entourage.

La coopération au féminin

Cette vision traverse également la série Si j’avais les ailes d’un ange, réalisée par Grégoire Viau.

Les coopérantes canadiennes y occupent une place centrale.

Au Mali, Elizabeth Côté accompagne des nutritionnistes maliennes afin d’améliorer l’alimentation des jeunes enfants. Le défi n’est pas le manque de nourriture, mais l’accès à l’information.

Au Pérou, Joane Desjardins soutient des initiatives économiques portées par des femmes grâce à de petits élevages capables d’assurer des revenus supplémentaires.

Au Sénégal, Martine Breault travaille avec son homologue Elisabeth N’Dione autour des droits des femmes, de leur reconnaissance juridique et de leur participation à la vie publique.

Au Burkina Faso, Chantal Landry mène des actions de prévention contre le sida, de planification familiale et de lutte contre l’excision, dans un contexte où les traditions rendent parfois ces sujets extrêmement sensibles.

Chaque portrait montre que le développement ne repose pas uniquement sur les infrastructures ou les investissements. Il passe d’abord par la confiance, le partage des connaissances et la reconnaissance du rôle des femmes.

Briser le cycle de la pauvreté

Les archives de Via le monde montrent également que l’accès à l’éducation constitue souvent le point de départ des plus grandes transformations sociales.

Dans Plus jamais Restavek, tourné en Haïti, une éducatrice décide d’écouter une jeune domestique qui exprime un souhait simple : aller à l’école.

Cette demande, en apparence modeste, remet en question tout un système de domination.

À travers ce destin individuel, le documentaire pose une question universelle : comment briser le cycle de la pauvreté lorsque l’on naît femme dans l’un des pays les plus défavorisés du monde?

Les femmes racontent aussi leur propre histoire

Au fil des années, Via le monde ne se contente plus de filmer les femmes : il leur donne aussi les moyens de raconter elles-mêmes leur réalité.

Dans La course autour de la Grande Tortue, de jeunes réalisatrices autochtones reçoivent une formation qui leur permet de réaliser leurs premiers films.

Ailleurs, les nouvelles technologies deviennent elles aussi un outil d’émancipation.

Dans Le Cameroun à l’heure de Boko Haram, Janet Fofang initie les jeunes aux technologies numériques afin de leur ouvrir de nouvelles perspectives dans une Afrique en pleine transformation.

Les femmes créatrices

Les archives de Via le monde témoignent également du talent des femmes dans les domaines de la culture, de la gastronomie et de la création.

La série Relais gourmands consacre plusieurs épisodes à de grandes cheffes qui ont transformé l’univers de la haute cuisine. Parmi elles figure notamment Anne-Sophie Pic, dont le parcours illustre l’excellence, la transmission du savoir et l’innovation.

Ces portraits rappellent que les femmes ne contribuent pas seulement au développement social ou économique : elles participent pleinement au rayonnement culturel du monde.

Un fil conducteur depuis 1967

En revisitant plus d’un demi-siècle d’archives, une évidence s’impose.

Le regard porté par Via le monde sur les femmes n’a jamais relevé d’un effet de mode.

Depuis les premiers portraits de missionnaires jusqu’aux grandes séries consacrées à l’éducation, à la coopération internationale, à l’entrepreneuriat, aux droits fondamentaux ou à la création artistique, une même conviction traverse toute cette œuvre documentaire :

Les femmes ne sont pas seulement des témoins de l’histoire.

Elles en sont les principales bâtisseuses.

Les archives de Via le monde constituent aujourd’hui une mémoire exceptionnelle de ces milliers de femmes qui, souvent loin des projecteurs, ont transformé leur communauté, leur pays et, parfois, le monde lui-même.

Au jour le jour

Le billet de Catherine Viau

Pourquoi ouvrir aujourd’hui L’Atelier documentaire ? Je fais partie de l’équipe de Via le monde depuis 1983. Avant… j’étais spectatrice. J’ai rêvé pas mal devant

Me no savey

En 1972, Me no savey révélait au public québécois les Hautes-Terres de Papouasie–Nouvelle-Guinée. Plus de cinquante ans plus tard, Via le Monde rouvre les archives de cette expédition pour retrouver les films, les photographies et les témoignages qui en perpétuent la mémoire.

Témoins de connexion ( cookies)

Via le Monde utilise des témoins de connexion afin d'assurer le bon fonctionnement du site, d'améliorer votre expérience de navigation et d'obtenir des données anonymisées permettant d'en optimiser le contenu et les performances. Politique de confidentialité Politique sur les témoins de connexion