Depuis près de soixante ans, Via le Monde porte un regard québécois sur le monde à travers le documentaire, les rencontres humaines et la transmission des savoirs. Fondée en 1967 par le documentariste Daniel Bertolino, l’organisation est aujourd’hui dirigée par Daniel Bertolino et Catherine Viau, avec le réalisateur Grégoire Viau et une équipe de collaborateurs fidèles qui poursuivent une même mission : raconter le monde avec rigueur, curiosité et humanisme.
Aujourd’hui, Via le Monde est à la fois une maison de production documentaire, une Cinémathèque en développement, un magazine documentaire consacré aux grands enjeux de notre époque et un vaste chantier de préservation numérique. À travers près de soixante années d’archives, de films, de photographies et de documents, l’organisme met en valeur un patrimoine unique afin de mieux comprendre le monde d’hier, éclairer celui d’aujourd’hui et nourrir les réflexions de demain.
Depuis 1967, l’histoire de Via le Monde se construit au fil des expéditions, des grandes séries internationales, des rencontres, des œuvres d’auteur et des nouveaux projets de transmission. Cette chronologie retrace les principales étapes d’un regard documentaire qui n’a cessé d’évoluer.
Daniel Bertolino commence sa carrière en France avec la série Caméra Stop pour l’ORTF avant de cofonder Via le Monde à Montréal en 1967 avec François Floquet. C’est le début des grandes expéditions d’observation, avec Plein feux l’aventure et Les Primitifs, ainsi que des séries politiques marquantes comme Laissez-Passer et Postes-frontières, notamment autour de Cuba et de Fidel Castro.
À la fin des années 1970, Via le Monde réalise un jalon anthropologique majeur avec ses films consacrés aux peuples traditionnels : Kalash, Qashqais, Papous, Pygmées, Mekranoti et Orang Kubu. Cette aventure culmine avec le long métrage Aho… au cœur du monde primitif, présenté en salle au cinéma Le Parisien et récompensé au Festival de New York. Le texte du film est signé par Georges Perec, dont la rencontre avec ce matériau documentaire nourrira profondément son imaginaire d’écrivain. La décennie pose également les bases d’un regard destiné à la jeunesse avec Les amis de mes amis.
Catherine Viau s’associe à Daniel Bertolino. Ensemble, ils propulsent l’entreprise dans l’ère des grandes coproductions internationales : Le défi mondial, avec Peter Ustinov, Points Chauds ou encore La santé du monde. Via le Monde développe alors une œuvre télévisuelle ambitieuse, tournée vers les grands enjeux de son temps : science, politique, santé, développement, histoire et relations entre les peuples.
C’est aussi la période des séries encyclopédiques, de l’histoire du XXe siècle aux Olympiques, ainsi que d’un engagement remarquable de co-création en langues autochtones avec les Premières Nations, notamment à travers la série Légendes, saluée par l’UNESCO.
Le réalisateur et auteur Grégoire Viau se joint aux grandes docuséries de la maison. Les années 1990 sont marquées par d’ambitieux cycles documentaires consacrés au développement, à l’environnement et aux transformations sociales sur les cinq continents, avec des séries comme Rêves d’Afrique, Terre Comprise, Agenda pour une petite planète et Si j’avais les ailes d’un ange.
Via le Monde poursuit aussi son travail de mise en récit de l’histoire contemporaine avec des séries encyclopédiques comme Le journal de l’histoire, qui contribuent à rendre accessibles les grands événements du XXe siècle à un vaste public.
Via le Monde explore de grandes séries culturelles et anthologiques consacrées aux territoires, aux traditions et à la gastronomie internationale. La France, l’Italie, la Corse, la Grèce et plusieurs autres régions deviennent les lieux d’une exploration sensible des cultures, des savoir-faire et des patrimoines vivants, notamment à travers Relais Gourmands et les séries Plaisirs de....
La maison produit également d’importants unitaires sur la santé des femmes en Afrique avec des cinéastes indépendants et lance le projet formateur La course autour de la grande tortue auprès de jeunes des communautés autochtones, poursuivant ainsi une démarche de transmission et de création partagée.
Les années 2010 marquent un tournant important dans l’évolution de Via le Monde. Après plusieurs décennies consacrées aux grandes séries internationales, l’entreprise poursuit son exploration du monde avec la série documentaire Marhaban Bikoum, consacrée au Maroc, tout en développant une nouvelle forme de diffusion avec la vaste collection de capsules De par le monde, qui met en valeur plusieurs décennies de tournages, de découvertes et de rencontres à travers les cinq continents.
Cette période est également celle d’un retour vers le Québec. Aux productions internationales s’ajoutent des documentaires, des recherches et des projets consacrés au patrimoine religieux, aux grandes figures de notre histoire et aux lieux qui façonnent notre identité collective. La mémoire devient progressivement un fil conducteur de la création, annonçant une nouvelle étape dans le parcours de Via le Monde.
En 2019, Daniel Bertolino est nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française, une distinction qui souligne l’ensemble de son apport au documentaire et au dialogue entre les cultures.
Les années 2020 ouvrent un nouveau chapitre dans l’histoire de Via le Monde. Après avoir construit pendant plus d’un demi-siècle une œuvre principalement destinée à la télévision, la maison développe également un véritable cinéma documentaire d’auteur pensé pour les salles. Les longs métrages de Santiago Bertolino, Grégoire Viau et Catherine Viau illustrent cette évolution tout en demeurant fidèles à la mission fondatrice de Via le Monde : explorer le monde, raconter les sociétés et transmettre la mémoire. Les productions récentes, parmi lesquelles Nin E Tepueian, Amazonie, JOYAL et Du feu de Dieu, témoignent de cette nouvelle étape de création.
Parallèlement, Via le Monde approfondit son engagement envers le patrimoine québécois à travers des documentaires, des capsules et des projets de recherche consacrés à l’histoire, aux territoires et à la mémoire collective. De Montréal — avec des réalisations notamment pour la Cité-des-Hospitalières et plus récemment L’Île-des-Sœurs — jusqu’à la région de Vaudreuil-Soulanges et Salaberry-de-Valleyfield, l’entreprise développe un ancrage territorial qui dialogue constamment avec son ouverture sur le monde.
Face à l’obsolescence des supports analogiques, Via le Monde entreprend simultanément un vaste chantier de numérisation, de documentation et de valorisation de près de soixante années d’archives audiovisuelles. Cette démarche donne naissance à une Cinémathèque documentaire, à un magazine consacré aux grands enjeux contemporains et à de nouvelles formes de recherche, de diffusion et de création qui s’appuient sur les possibilités offertes par les technologies numériques et l’intelligence artificielle.
Depuis 1967, Via le Monde documente le présent. Aujourd’hui, ce présent est devenu une mémoire qui nourrit l’avenir.
Après près de soixante années de création, Via le Monde conserve un patrimoine audiovisuel exceptionnel composé de milliers d’heures d’images, de sons, de photographies et de documents. Mais cette mémoire n’a pas vocation à demeurer dans les archives. Elle devient la matière première de nouvelles œuvres, de nouvelles recherches, de nouvelles expériences pédagogiques et de nouvelles formes de diffusion.
Fidèle à sa mission fondatrice, Via le Monde poursuit aujourd’hui une nouvelle aventure : créer, préserver, transmettre et continuer à porter un regard québécois sur le monde. La Cinémathèque, le magazine documentaire, les projets de recherche, les documentaires d’auteur, les capsules patrimoniales et les outils de demain prolongent ainsi une même démarche entreprise en 1967 : comprendre notre monde pour mieux le partager.
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