Soixante ans à raconter le monde

VIA LE MONDE

L'histoire de Via le Monde est indissociable de celle de la télévision québécoise. Depuis 1967, l'entreprise accompagne les grandes transformations de la production indépendante, de la télévision publique, de la coproduction internationale et, aujourd'hui, des nouvelles écritures numériques. Plus qu'une succession de productions, son parcours témoigne d'une même volonté : ouvrir le Québec sur le monde et permettre au monde de découvrir le regard québécois.

L'Aventure avant la naissance

L'aventure commence avant même la naissance de Via le Monde. En France, le jeune Daniel Bertolino reçoit la Bourse Zellidja et le Prix d'Initiative de la Jeunesse, qui lui permettent de réaliser un premier tour du monde et ses premiers films pour l'ORTF. Ce voyage fondateur révèle déjà ce qui deviendra la signature de toute son œuvre : aller à la rencontre des peuples, comprendre les cultures de l'intérieur et faire du documentaire un lieu de dialogue plutôt qu'un simple témoignage.

1967 : La Révolution Tranquille et Radio-Canada

En 1967, au cœur de la Révolution tranquille, Daniel Bertolino s'installe à Montréal et fonde Via le Monde avec François Floquet. Le Québec affirme alors sa confiance envers ses créateurs et Radio-Canada ouvre largement ses antennes aux producteurs indépendants. Daniel Bertolino a toujours tenu à souligner le rôle déterminant de Robert Roy, alors directeur des programmes de Radio-Canada. En reconnaissant très tôt le souffle qui animait ces projets et en leur offrant un espace de création exceptionnel, il a contribué à l'émergence d'une nouvelle génération de documentaristes et à une télévision tournée vers la découverte du monde, particulièrement auprès du jeune public.

Les Grandes Expéditions et le Rayonnement International

Les premières décennies sont celles des grandes expéditions documentaires. Via le Monde parcourt les cinq continents, réalise des séries devenues des classiques et documente aussi bien les peuples des forêts tropicales que les sociétés en transformation. Les productions sont diffusées au Québec, au Canada et à l'étranger, certaines rejoignant même les grands réseaux américains. Très tôt, l'entreprise développe également une activité de distribution internationale.

Fin des Années 1970 : Les Peuples Traditionnels et Georges Perec

Cette ouverture conduit, à la fin des années 1970, à un jalon anthropologique et cinématographique majeur. Via le Monde se lance dans la production d'un cycle d'envergure dédié aux peuples traditionnels de la planète, partant à la rencontre des Kalash, Qashkais, Papous, Pygmées, Mekranoti et Orang Kubu. Ces images extraordinaires mèneront à une série historique présentée dans le cadre de la prestigieuse émission Les Beaux-dimanches, inscrivant ainsi la réalité du monde autochtone en heure de grande écoute à la télévision publique canadienne.

Cette aventure culmine avec la sortie en salle du long métrage Aho… au cœur du monde primitif. Véritable triomphe public, le film tient l'affiche pendant six semaines consécutives au mythique cinéma Le Parisien et remporte la médaille d'argent au Festival de New York. Fait culturel et littéraire mémorable : le texte de ce film majeur est écrit par le grand auteur français Georges Perec, que ce travail immersif inspirera d'ailleurs directement pour la structure et l'univers de son chef-d'œuvre romanesque, La vie mode d'emploi.

Cette effervescence pousse Daniel Bertolino, aux côtés de Guy Latraverse, à fonder le Groupe Québec, l'un des premiers regroupements destinés à promouvoir nos créations sur les grands marchés de la télévision. Dès les années 1970, Via le Monde s'impose dans les marchés professionnels mondiaux et bâtit des partenariats durables avec la France, l'Europe, l'Afrique et l'Amérique du Sud. La capacité de l'entreprise à travailler avec les grands diffuseurs et à multiplier les coproductions internationales devient sa signature.

Les Années 1980 : Un Nouveau Souffle et l'Ouverture Internationale

Les années 1980 ouvrent une période particulièrement féconde. Alors que débute la grande aventure de Légendes du monde, Catherine Viau rejoint Via le Monde et participe désormais au développement de toutes les grandes productions de l'entreprise. Aux côtés de Daniel Bertolino, elle assure la production des séries, consolide les partenariats avec les diffuseurs et contribue à faire de Via le Monde une maison de création reconnue pour son ouverture internationale.

Cette période est marquée par plusieurs innovations majeures. Avec Légendes du monde, Via le Monde imagine un modèle de coproduction réunissant des créateurs de nombreux pays autour d'un patrimoine commun. Plusieurs récits sont réalisés en collaboration avec les Premières Nations et tournés dans leurs langues d'origine, une démarche de co-création alors inédite qui sera saluée sur la scène internationale.

Puis vient Le Défi mondial, vaste coproduction internationale présentée par Peter Ustinov, qui réunit scientifiques, économistes, philosophes et décideurs autour des grands enjeux de la planète. Bien avant que la mondialisation, les technologies numériques ou l'intelligence artificielle ne deviennent des sujets de débat public, la série pose déjà les questions qui continuent d'habiter notre époque.

La Diversification des Formats et l'Aventure Astro

Tout en poursuivant ces grandes productions documentaires, Via le Monde explore sans cesse de nouveaux territoires. L'entreprise produit des séries jeunesse, des collections historiques, des magazines culturels, des documentaires patrimoniaux, des fictions en coproduction, des séries encyclopédiques et, plus tard, des thousands de capsules destinées aux chaînes spécialisées. Elle participe également à l'adaptation québécoise d'Astro le petit robot, créé par le grand Osamu Tezuka, imaginant autour de cette œuvre un ensemble de produits dérivés qui témoignent d'une remarquable capacité à comprendre les nouveaux marchés et les nouvelles attentes du public.

Cette curiosité dépasse largement le cadre de la télévision. Des livres paraissent chez Nathan, Flammarion puis avec Antoine Del Busso, alors chez Boréal. Des disques sont produits chez Adès. Chaque projet cherche naturellement ses prolongements dans l'édition, la musique, la pédagogie ou les événements publics.

La promotion elle-même devient parfois une aventure. Fidèle à son esprit d'exploration, Via le Monde imagine des opérations inédites, comme cette tournée de presse dans la cordillère des Andes réunissant une quarantaine de journalistes internationaux, dont Le Monde et Paris Match, afin de leur faire vivre sur le terrain l'expérience qui nourrit ses documentaires. Pour Via le Monde, raconter le monde commence toujours par le partager.

Grégoire fera ensuite plusieurs tours du monde pour Via le Monde. Du développement international à la gastronomie, des traditions populaires aux savoir-faire menacés, des grandes séries aux documentaires unitaires, il prolonge l'élan fondateur de l'entreprise : aller vers les autres, observer ce qui se transforme, raconter les gestes, les territoires, les cultures et les mémoires avant qu'ils ne disparaissent ou ne se métamorphosent.

Cette trajectoire le mènera aussi vers l'histoire d'ici. Après avoir raconté les mutations du monde, Via le Monde se tourne progressivement vers le Québec, ses communautés, ses quartiers, ses héritages et ses transformations. Dans cette continuité, Grégoire Viau poursuit le même mouvement : regarder ce qui change, recueillir les voix, inscrire les récits dans une mémoire plus vaste et faire dialoguer l'expérience locale avec les grandes questions qui traversent l'ensemble de l'œuvre de Via le Monde.

Une École de Création et de Transmission

Au-delà des œuvres, Via le Monde devient progressivement une véritable école de création. De nombreux réalisateurs, auteurs, caméramans, monteurs, musiciens, directeurs artistiques et producteurs y développent leur pratique. Des séries comme Légendes du monde ou Traquenards deviennent de véritables laboratoires de réalisation pour une relève qui fera ensuite sa marque dans l'industrie. Cette volonté de transmettre se poursuivra auprès des Premières Nations avec La Course autour de la Grande Tortue, où une nouvelle génération de créateurs autochtones sera formée aux métiers du documentaire.

Cette aventure collective repose sur la contribution d'un réseau exceptionnel de collaborateurs. Il serait impossible de tous les nommer sans risquer d'en oublier. Certains demeurent toutefois intimement associés à l'histoire de Via le Monde : Pierre Larocque, Françoise Arnaud, Jean-Marie Drot et Lucie Juillet au montage; François Beauchemin, Jérôme Del Santo, François Boucher et Michel Riverin à la caméra; Michel Labelle à la direction artistique; Osvaldo Montes, dont les compositions musicales accompagneront plusieurs des grandes séries de l'entreprise.

Cette culture de la transmission s'incarne également dans la génération suivante. Si les trois enfants de Daniel Bertolino ont chacun choisi leur propre parcours professionnel, tous auront pu développer leurs talents de réalisateur, de caméraman, de monteur ou d'auteur à travers les productions de Via le Monde. Diane Bertolino assurera la préservation d'un patrimoine documentaire exceptionnel, tandis que Grégoire Viau prendra progressivement le relais des grands tournages internationaux, poursuivant l'exploration du monde sous de nouveaux angles, du patrimoine à la diversité culturelle, du développement durable à la mémoire collective.

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