Le monde autochtone : soixante ans de dialogue, de mémoire et de création
Depuis plus de soixante ans, les peuples autochtones occupent une place essentielle dans le parcours documentaire de Via le Monde. Bien avant la fondation de la société à Montréal, Daniel Bertolino s’intéresse déjà aux cultures autochtones dans ses premiers reportages réalisés au début des années 1960 pour la télévision française, notamment dans la série Caméra Stop de l’O.R.T.F. Ces expériences, auxquelles s’ajoutent les expéditions Deloroda, nourriront durablement son regard sur les peuples, les territoires et les traditions.
À son arrivée au Québec, Daniel Bertolino fonde Via le Monde avec François Floquet. Très tôt, cette curiosité pour les cultures autochtones s’inscrit dans une démarche plus vaste : raconter les peuples à partir de leur propre mémoire, de leurs langues et de leurs récits.
Cette volonté s’exprime d’abord dans plusieurs documentaires devenus des références, notamment Tamusi et Markusi, récompensé par la Cocotte d’Or, La famille Papatie ou encore Wapistan et les oiseaux d’été, qui annonce déjà la place que prendra la jeunesse dans cette aventure documentaire.
La fin des années 1970 marque une étape déterminante avec la création des Légendes indiennes du Canada. En collaboration étroite avec les communautés autochtones de l’Est du Canada et sous le mentorat de l’auteur, linguiste et professeur anishinaabe Basil H. Johnston, Via le Monde entreprend la production de quatorze légendes tournées avec les membres des communautés, dans leurs langues. Une narration française et anglaise accompagne les dramatiques afin de les rendre accessibles à un large public, sans en altérer l’authenticité.
Cette production reçoit un accueil exceptionnel. Lauréate d’un Prix UNESCO, elle fait l’objet d’un lancement en France, d’un important voyage de presse au Canada et d’une vaste couverture médiatique. Les histoires paraissent également en librairie chez Flammarion et sous forme de livres-disques chez Adès, récompensés par le Prix de l’Académie Charles Cros et par la Ville de Paris.
Au-delà de la série elle-même, Via le Monde a conservé un patrimoine documentaire exceptionnel : recherches préparatoires, scénarios, photographies, tournages intégraux, négatifs, bandes sonores, documents de production et versions française et anglaise. Cet ensemble constitue aujourd’hui une mémoire unique de la création audiovisuelle autochtone de cette époque.
Cette richesse a permis, en 2023, la restauration et la numérisation de plusieurs épisodes, présentés notamment au Festival Présence autochtone – Terres en vues, ainsi que dans les communautés mi’kmaq de Maria et anishinaabe de Kitcisakik. Une nouvelle série de capsules, réalisée à partir des archives originales, poursuit aujourd’hui cette démarche de transmission.
L’intérêt de Via le Monde pour les Premières Nations ne s’est jamais limité au patrimoine. Au fil des décennies, cette réflexion s’est poursuivie avec des productions comme La course autour de la Grande Tortue, qui a permis à de jeunes réalisateurs et réalisatrices autochtones de parcourir le territoire québécois pour raconter leur réalité contemporaine. Une version en langue innue a également été produite.
Plus récemment, Via le Monde a accompagné la production du documentaire Amazonie : à la rencontre des gardiens et des gardiennes de la forêt, réalisé par Santiago Bertolino, ouvrant le dialogue à d’autres peuples autochtones et à la défense des territoires forestiers.
Cette démarche trouve naturellement un prolongement dans les nombreuses productions internationales consacrées aux peuples traditionnels : les Kalash, les Qashqais, les Orangs Kubus, les Enfants de la forêt consacrés aux Pygmées, Me No Savey en Papouasie–Nouvelle-Guinée, les Cintas Largas d’Amazonie et bien d’autres rencontres qui témoignent d’une même volonté : documenter les cultures avant qu’elles ne disparaissent et donner la parole à celles et ceux qui les font vivre.
L’Atelier documentaire reviendra progressivement sur chacune de ces productions à travers des dossiers, des photographies inédites, des extraits d’archives, des documents de recherche et des témoignages de leurs artisans. Ces films seront également reliés aux capsules documentaires, aux fiches du catalogue et aux autres collections du site afin d’offrir un véritable parcours de découverte autour de la mémoire autochtone.
Voir aussi
Les fiches des œuvres : Tamusi et Markusi, La famille Papatie, Wapistan et les oiseaux d’été, Légendes indiennes du Canada, La course autour de la Grande Tortue et Amazonie : à la rencontre des gardiens et des gardiennes de la forêt.
Les années 70 : les débuts des grandes expéditions de Via le Monde.
Via le Monde des jeunes : de Wapistan aux Légendes du monde.
Les capsules : des centaines de courts documentaires issus de ces archives.
Les peuples traditionnels : un parcours international consacré aux cultures du monde.



























